Comité d’organisation :
Carole Barthélémy, Sylvain Bertschy, Eve Bureau-Point, Nadège Degbelo, Fabienne Goutille, Nathalie Jas, Giovanni Prete, Bastien Soutjis et Jean Philippe Venot.
Structures de recherche impliquées :
Centre Norbert Elias, LEPD, IRIS, ACTé, MOIRA, UMR Innovation
CNRS, Avignon Université, Aix-Marseille Université, Université Clermont Auvergne, IRD, INRAE, CIRAD.

Image : Eve Bureau-Point, Ouvrier agricole épandant des pesticides aux portes de la ville de Kampong Thom, 14 janvier 2025.
Depuis le tournant des années 1970, des travaux scientifiques comme des mobilisations opérant à différentes échelles témoignent de la contamination généralisée des milieux et des organismes aux pesticides. Ces derniers, ainsi que leurs métabolites, se retrouvent dans les sols, l’eau, l’air, la faune, la flore, les corps humains et animaux (INSERM, 2021 ; Leenhardt et al., 2022). À l’échelle de la planète, il n’existe plus aucune matrice, même celles les plus éloignées des lieux de production, d’utilisation et de dépôt ou de gestion des déchets, qui n’échappe aujourd’hui à des contaminations par des pesticides (Lopez-Espinosa et al., 2007 ; Maggi et al., 2023 ; Brühl et al., 2024). Ces dernières résultent des propriétés biologiques, chimiques et physiques des pesticides qui leur permettent de s’accumuler dans certains territoires mais aussi de circuler parfois sur de très grandes distances. Elles résultent également des géographies de production et d’utilisation de ces produits. Les contaminations restent très inégalement réparties : des territoires et des populations sont beaucoup plus affectés que d’autres, impliquant des injustices sociales et environnementales souvent construites dans le long terme (Williams, 2018 ; Ferdinand et Jas, 2022). Caractérisés par leur “unruliness” (Roberts, 2014), les pesticides et leurs circulations peu contrôlables remettent régulièrement en question les cadres des dispositifs normatifs publics et privés, même les plus exigeants, visant à prévenir ou limiter les contaminations. L’ampleur et la variété de ces dernières montrent également les limites des politiques publiques de protection de la santé humaine et de l’environnement. Elles questionnent enfin les frontières entre différentes disciplines scientifiques qui ne peuvent prétendre, seules, à leur mise à jour et leur étude. La caractérisation des contaminations et leur remédiation nécessitent ainsi la mise en dialogue des sciences entre elles mais aussi la prise en compte des connaissances produites dans les espaces réglementaires, citoyens et professionnels. Face à ces enjeux sociaux, sanitaires et environnementaux, de multiples d’acteur.trice.s (politiques, scientifiques, économiques, citoyen.ne.s et professionnel.le.s) sont confrontés à des défis majeurs pour comprendre, prévenir et limiter les contaminations actuelles, celles à venir et, par-là, contribuer à construire des mondes durables.
C’est autour de cette thématique générale des contaminations et des frontières que nous souhaitons engager la discussion lors des 5es Journées d’études du Réseau SHS Pesticides en mars 2026. La contamination, du latin contaminare qui signifie souillure/pollution, renvoie ici à la contamination par des composés organiques et inorganiques fabriqués industriellement et utilisés dans des produits commerciaux vendus, à un titre ou un autre, comme pesticides. Cette notion est largement utilisée en toxicologie et écotoxicologie. Elle est polysémique : son sens varie selon les champs professionnels et disciplinaires. Elle est mobilisée dans le cadre de cet appel afin d’explorer les contributions des sciences humaines et sociales à la définition et la compréhension de ce phénomène. La notion de frontière est, elle aussi, appropriée de différentes manières par les sciences humaines et sociales (Bowker et Star, 2023 ; Lamont et Molnar 2002). Elle désigne des espaces qui tout autant séparent (à commencer par les frontières territoriales) qu’ils permettent d’organiser des circulations et d’établir des liens et des connexions. Les frontières ont des dimensions matérielles, politiques, administratives, sociales, économiques et culturelles. Cette notion permet ainsi d’interroger et d’analyser les catégories, les classements et certaines formes d’organisation et de rapports au monde ayant, ou non, des dimensions spatiales. Elle invite à penser comment sont établis, entretenus, contestés, transgressés et redéfinis les dispositifs imaginés pour délimiter, spécifier, éviter, mais aussi relier, hybrider et faire circuler. Interroger les contaminations par les pesticides via la notion de frontière est ainsi une manière heuristique pour les sciences humaines et sociales d’explorer les inter-relations, les enjeux et les rapports de pouvoir et de savoir à l’origine des contaminations. Elle permet d’interroger leurs inscriptions dans les sociétés qui les produisent, et/ou dans celles qu’elles affectent, les différents mondes sociaux dans lesquels elles se déploient, ainsi que les différentes échelles spatiales et symboliques qu’elles recouvrent.
Les contributeur·ices sont invité·es à présenter des travaux qui problématisent les articulations entre contaminations et frontières, en précisant les définitions retenues pour ces notions. Les communications peuvent s’inscrire dans les cinq axes proposés ci-dessous. Ces axes sont non exclusifs et le comité d’organisation est ouvert à d’autres propositions. Différentes frontières et/ou contaminations peuvent être abordées de manière transversale.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Admin (14 janvier 2026). Les frontières de la contamination (2026). SHS Pesticides. Consulté le 10 août 2026 à l’adresse https://shspesticide.hypotheses.org/2249